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La formation est-elle devenue contre-productive pour les indépendants ?

La formation pour les indépendants

14 juillet 2026

5 min de temps de lecture

Les travailleurs indépendants sont les grands oubliés de la formation professionnelle, alors qu’ils représentent probablement la catégorie qui en aurait le plus besoin. 

Chaque année, des milliers de freelance investissent dans un nouvel ordinateur, un logiciel, une campagne publicitaire ou un abonnement à un outil d’intelligence artificielle pour développer leur activité. Mais combien d’entre eux investissement dans leur savoir-faire ?

Les indépendants se détournent de la formation

Contrairement aux salariés, les travailleurs indépendants n’ont personne pour leur rappeler qu’il est temps de développer leurs compétences. Aucun entretien annuel, aucun plan de formation, aucun budget dédié. La formation devient une décision individuelle, qui entre en concurrence avec les urgences du quotidien : trouver de nouveaux clients, produire, facturer, gérer l’administratif ou encore répondre aux imprévus.

Dans ce contexte, se former n’est plus une obligation. C’est un arbitrage économique.

Chaque heure passée en formation est une heure qui n’est pas consacrée à une mission rémunérée ou au développement commercial de l’activité. Chaque euro investi est comparé à d’autres dépenses jugées plus urgentes.

Néanmoins, si l’on en croit le baromètre Centre Inffo 1, 90% des actifs considèrent que la formation professionnelle est nécessaire pour répondre aux défis d’un monde en pleine mutation. 

Alors, quelles sont les limites du modèle actuel qui font hésiter les freelance à gagner en compétences ?

La formation, tout sauf pensée pour les freelance

L’offre de formation n’a jamais été aussi abondante. Des milliers de formations sont accessibles en présentiel ou à distance, sur pratiquement tous les sujets imaginables. Mais cette abondance ne signifie que l’on y trouve facilement la réponse à son besoin.

Prenons l’exemple d’un consultant qui souhaite améliorer son taux de transformation commerciale. Son problème est précis : il perd des prospects après le premier rendez-vous.

En recherchant une formation, il découvre des programmes intitulés :

  • « Maîtriser les techniques de vente »
  • « Développer son activité commerciale »
  • « Les fondamentaux de la négociation »

Des formations parfois excellentes, mais qui abordent un périmètre beaucoup plus large que le problème initial.

Le risque est alors double. Soit suivre plusieurs jours de formation pour n’utiliser qu’une faible partie des contenus. Soit renoncer, estimant que l’investissement demandé est disproportionné par rapport au besoin réel.

Plus une formation s’adresse à un public large, plus elle reste généraliste. À l’inverse, les indépendants recherchent souvent des réponses extrêmement spécifiques applicables à leur activité.

Une industrie construite sur du volume

Le marché de la formation s’est largement construit autour d’une logique de volume.

Pour vendre davantage, il faut rendre les programmes reproductibles. Les objectifs sont alors formulés de manière suffisamment large pour concerner le plus grand nombre, les contenus sont figés à l’avance et les mêmes méthodes sont proposées à des professionnels qui n’exercent ni le même métier, ni dans le même contexte, ni avec les mêmes difficultés.

C’est ainsi que l’on finit par proposer une seule solution à des centaines de problèmes différents.

Une formation en prospection peut réunir un consultant qui manque de rendez-vous, un graphiste qui ne sait pas présenter son offre et un coach qui obtient des échanges mais ne parvient pas à conclure. Tous rencontrent une difficulté commerciale, mais aucun n’a réellement le même problème.

Le premier doit peut-être revoir son ciblage. Le deuxième son positionnement. Le troisième sa manière de conduire un entretien de vente.

Pourtant, ils suivront le même programme, dans le même ordre, avec les mêmes exercices et les mêmes objectifs pédagogiques.

Le volume impose alors une simplification, qui influence dès lors la pertinence du contenu. Plus un programme doit convenir à un public large, plus il traite des fondamentaux, multiplie les notions et réduit le temps consacré aux situations concrètes de chaque participant.

Quand la formation ne change rien…

À force de suivre des formations qui répondent imparfaitement à leurs attentes, certains indépendants développent une forme de scepticisme.

Ils ne rejettent pas l’idée d’apprendre. Ils doutent de la capacité des formations à produire un véritable retour sur investissement.

Combien d’entrepreneurs ont déjà terminé une formation avec le sentiment d’avoir appris des choses intéressantes… sans pour autant modifier durablement leur manière de travailler ?

Ce décalage entre la qualité perçue d’une formation et son impact réel sur l’activité constitue probablement l’une des principales raisons pour lesquelles de nombreux indépendants privilégient désormais l’autoformation, pensant ainsi reprendre le contrôle de leur apprentissage.

Reste à savoir si cette stratégie est réellement la plus efficace.

L’illusion de l’autoformation

Face à des formations jugées généralistes, de nombreux travailleurs indépendants font un autre choix : apprendre seuls.

Jamais il n’a été aussi simple d’acquérir de nouvelles connaissances. Un prompt avec l’IA, quelques vidéos YouTube, un podcast ou encore un article spécialisé permettent aujourd’hui d’obtenir des réponses en quelques minutes.

À première vue, cette stratégie semble rationnelle. Pourquoi investir plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros dans une formation lorsqu’une grande partie des connaissances est accessible gratuitement ?

Pourtant, cette logique repose sur plusieurs illusions.

Un gain de temps… qui en fait perdre

Quelle utilité à suivre deux jours de formation lorsqu’un tutoriel de vingt minutes semble répondre à ses questions ? Le premier argument est toujours le même : mieux vaut apprendre par soi-même et au fil de ses besoins.

Mais l’apprentissage ne se résume pas à trouver une information.

Trouver une source fiable, comparer différentes approches, comprendre lesquelles sont adaptées à son contexte, expérimenter, corriger ses erreurs et recommencer prend du temps. Et ce temps n’est jamais pris en compte. Quelques recherches ponctuelles finissent par représenter des dizaines d’heures dispersées sur plusieurs semaines.

À cela s’ajoute un autre coût invisible : celui des erreurs.

Lorsqu’un professionnel applique une méthode inadaptée parce qu’il a mal interprété une information ou suivi un conseil peu pertinent, il perd non seulement du temps, mais peut perdre aussi des clients, des opportunités commerciales ou de la crédibilité.

L’autoformation donne souvent l’impression d’aller plus vite. En réalité, elle allonge parfois considérablement le chemin vers la meilleure solution.

L’exemple le plus parlant est celui de l’IA. Qui n’est jamais rentré dans une boucle de plusieurs heures sur un problème qui ne trouve jamais de solution ?

Gratuité n’est pas synonyme d’économie

L’un des principaux atouts de l’autoformation est son coût apparent.

Une réponse gratuite apporté par une vidéo semble plus évidente qu’une formation facturée plusieurs centaines d’euros.

Pourtant, cette comparaison oublie une variable essentielle : le résultat obtenu.

Une formation n’est pas un achat de contenu mais un investissement destiné à produire un changement.

Si plusieurs semaines d’autoformation ne permettent finalement pas de résoudre le problème rencontré, le coût réel dépasse largement le prix qui aurait été payé pour bénéficier d’un accompagnement adapté dès le départ.

À l’inverse, une formation qui permet à un indépendant de gagner quelques heures chaque semaine, d’augmenter son taux de transformation ou de mieux valoriser son expertise peut être rentabilisée en quelques semaines seulement.

Repenser complètement la formation

À travers ces différents constats, une question s’impose : le problème vient-il réellement de la formation… ou de notre manière de l’aborder ?

Pendant longtemps, nous avons appris à choisir une formation comme nous choisissons un produit. Nous comparons puis sélectionnons celle qui semble correspondre à notre besoin.

Mais cette logique repose sur une erreur fondamentale : nous cherchons une solution avant d’avoir clairement identifié le problème.

Un entrepreneur ne cherche pourtant pas une formation en marketing. Il cherche davantage de clients. Il ne cherche pas une formation en intelligence artificielle. Il cherche à gagner du temps. Il ne cherche pas une formation en négociation. Il cherche à mieux vendre ses prestations.

Seulement, la recherche de formation ne se base que sur des intitulés très basiques, éloignés de la réalité des professionnels. 

Être à l’écoute des besoins des entrepreneurs, afin d’identifier un potentiel besoin de formation, n’est alors plus une option parmi tant d’autres. Cela doit devenir le point de départ d’un changement profond dans le développement des compétences des professionnels.

Auteur : Maxime Dominguez

Maxime Dominguez

Co-fondateur Eddwin